Little Africa Au Maroc:Enquête sur la vie des Etudiants Africains ( 1ère Partie).

Fès comme tant d'autres villes marocaines prend peu à peu des allures de ville universitaire avec notamment une forte présence étrangère en grande majorité d'Afrique subsaharienne. Et on peut aisément penser que cette présence se fera croissante, ce au vu de plusieurs facteurs.
Les portes de l'Europe qui se font de plus en plus hermétiques,les coûts plus moins supportables de l'éducation couplés au coût relativement abordable de la vie,l'ambiance paisible de la ville à l'opposé d'un Casablanca par exemple,trop chère, trop bruyante mais plus branchée, et enfin les campagnes de recrutement des écoles de la place qui se font de plus en plus agressives notamment vers les pays d'origines; tous ces facteurs ont tôt fait de décider des milliers de jeunes africains à miser sur la destination Maroc.
Les statistiques plus ou moins fiables tablent sur une augmentation annuelle de l'ordre du millier pour l'ensemble du territoire Marocain.
Rabat, Casablanca, Fès et dans une moindre mesure Marrakech ou Agadir semble accueillir le plus grand nombre de ses autres immigrés dont on parle souvent si peu.
La destination Maroc semblerait être beaucoup plus un compromis qu'un rush tout azimut vers un hypothétique eldorado. Un compromis entre deux extrêmes supposés mais peut être pas avérés dans tous les cas, un compromis entre la qualité de vie européenne ou américaine et la misère du sud.
Cela relèverait aussi d'une tendance plus générale qui concernerait aussi certains autres pays de la méditerranée comme l'Algérie et la tunisie.
Ces pays ont fait le pari il y a déjà quelques années de cela , d'accueillir sur leurs sols les apprenants de l'autre Afrique, celle plus pauvre, et ce par le biais de multiples programmes de coopération menés parfois selon des visées pas toujours humanitaires.( En effet,pendant longtemps et encore aujourd'hui,le Maroc a souvent utilisé ces programmes de coopération comme monnaies d'échange dans la recherche d'alliés africains dans le différend historique l'opposant à l'Algérie au sujet du Sahara).
Aujourd'hui,ce précèdent géopolitique s'étant quelque peu tassé sans pour autant disparaître, le flux massif des étudiants hors programme semble avoir motivé des décideurs privés de ces pays hôtes à parier sur cette niche qui s'avère être très rentable.
Il n'est pas rare de constater dans certaines écoles une présence étrangère, notamment négro africaine plus importante que la masse des autochtones. C'est un fait avéré devenu habituel.
Il ne faudrait nullement occulter aussi le fait que cette partie de la méditerranée tend à devenir une zone tampon entre l'Europe et l'Afrique, pour juguler au mieux le flux migratoire, tant le clandestin que le légal. Et d'ailleurs, cette toute nouvelle idée d'Union de la Méditerranée initiée par le Président Français Nicolas Sarkozy et vendue avec plus ou moins de bonheur à ses alliés européens semble cacher une institutionnalisation de ce fait au delà des dessins de co-développement mis en avant pour en assurer la promotion.
Toujours est-il qu'il est beaucoup plus facile aujourd'hui à un jeune étudiant d'Afrique noir de mener à bien son projet universitaire à Rabat, Fès ou Tunis qu'à Londres ou Paris avec plus ou moins de bonheur en attendant peut être de passer de l'autre côté du Détroit.
C'est peut être là, le but final recherché par tous ces jeunes, pouvoir facilement immigrer après deux ou quatre années d'études au Maghreb.
Toutefois, une nouvelle destinée semble pourtant se profiler pour tous ces jeunes cadres, notamment celle de pouvoir aller plus loin dans la quête de ce compromis de qualité de vie ou d'opportunités de travail en faisant le pari de simplement y rester.
Le Maroc semble par exemple vouloir donner une chance à tous ces ingénieurs étrangers formés dans ses écoles de participer à sa course folle vers le développement. Il sera toujours temps d'en juger d'ici là.
Mais pour l'instant d'autres destinations semblent pouvoir rivaliser avec les standards nord-africains. Dakar ou Accra pour ne citer que ces deux grandes villes africaines semblent être bien équipées pour tirer elles aussi leurs épingles du jeu.
Et ce n'est pas les principaux concernés et bénéficiaires qui s'en plaindront.