
Il y a un vieux proverbe béninois qui veut qu’on ne puisse mieux traduire ses souffrances dans aucune autre langue si ce n’est dans sa propre langue maternelle.
L’Afrique souffre et cela n’est pas nouveau. Mais la pire expression de sa souffrance ne se trouve ni au Kenya ni au Darfour à mon humble avis. La pire expression de cette souffrance se trouve dans cette espèce de déni existentiel qui semble dire non à toute tentative d’espérer mieux de l’avenir.
L’Afrique semble être absente de ce débat civilisationnel qui veut que tous les peuples de la terre puisse apporter quelque chose au monde; elle semble ne vouloir qu’occuper cette place que les autres veulent bien lui concéder pour se faire entre autre bonne conscience !
L’Afrique semble déjà s’accommoder de son destin funeste qu’on lui prédit à demi-mot et ce même quand ici et là semblent luire dans cette marre sans fond de renoncement quelques soubresauts d’espoir.
Le berceau de l’humanité semble ainsi devenir le cimetière de toutes les espérances ou du moins celles que les autres ourdissent pour lui. Jusqu’ici, l’Afrique ne semble vouloir envisager son avenir que par le biais de pensées autres que les siennes ; se réappropriant leurs mots ainsi que leurs griefs.
Aujourd’hui, il me semble qu’il est plus que jamais temps que cette Afrique se réapproprie ses propres mots pour pallier le propre de ses maux. Cela obligera à un devoir d’histoire non plus pour y trouver matière à récriminer et à s’apitoyer mais de probants motifs invitant à un nouvel âge d’or.
Il serait dorénavant plus que salutaire de blâmer cette injustice intellectuelle qui consiste à réduire l’histoire des peuples d’Afrique noire aux seuls épisodes de la colonisation et de l’esclavage et ainsi faire le lit d’un complexe victimaire.
Il me paraît en ce moment que l’Afrique ait plus que jamais besoin d’autant d’historiens sinon plus, que d’ingénieurs ; de sociologues que de médecins ; pour rendre compte dans ses propres mots d’une culture jadis très florissante.
Sur ce chemin ; Cheik Anta Diop a ouvert une brèche pour le moins importante. Il faudra au plus vite que notre génération s’y engouffre avec le peu qui nous reste de fierté et d’orgueil pour penser ; concevoir et réaliser un nouvel avenir.
Le monde n’attendra pas que nous nous mettions au diapason; pour cela il faudra alors exister, juste exister mais pas cette fois-ci au travers des mots d’autrui.
Afrique; Cheik Anta Diop; Humanité; Espoir; Benin.