
L' interdiction de séjourner au Sénégal dont a été victime le chanteur à succès ivoirien Tiken Jah Fakoli en décembre dernier, pour avoir apparemment un peu trop tittiler le pouvoir en place ; relance le débat autour de la place de l'artiste dans la société.
Donner son avis, oui ! Mais jusqu'à quel point ?
Donner son avis et sans langue de bois ; le reggaeman ivoirien en a fait sa marque de fabrique et a su en quelques années créer une transafricaine de la conscience du continent ou du moins celle de sa jeunesse.D'où sa popularité sans cesse grandissante et qui trouve aussi un large écho dans les pays du nord , ce qui n'était pas gagné d'avance.Ses prises de position quant au conflit ivoirien lui ont d'ailleurs valu un exil de quelques années au Mali.
Tiken pourrait donc en toute légitimité aspirer au panthéon de ses autres artistes africains tel Miriam Makéba ou ou encore Feu Fela Kuti qui ont su mettre leurs succès musicaux au service de la lutte pour la liberté et la dignité de leurs peuples.
Il n'en demeure pas moins que la liberté de ton héritée de ce statut de leader d'opinion ne saurait s'auto-affranchir de garde-fou.Surtout quand on se fait le chantre par exellence de la démocratie.
Ainsi ; il me paraît assez déplacé de demander à un président d'un pays tiers, démocratique ou non de quitter le pouvoir pour le bien de ce pays et s'inviter de facto dans un débat politique déja des plus tendus.
Prendre ainsi parti; sous prétexte de vouloir prévenir le Senegal du drame Ivoirien; quoique légitime et louable ; pourrait devenir préjudiciable pour l'image d'un artiste adulé et écorner ainsi la portée de son oeuvre; ce qui serait dommageable pour sa carrière en premier lieu mais beaucoup plus pour cette jeunesse qui a plus que jamais besoin de ses messages d'espoir et d'unité.
Et on ne peut pas dire dans ce cas que ces déclarations aient favorisé en quoi que ce soit l'unité des sénégalais.
On pourrait toujours lui concéder que la limite entre la dénonciation et le parti pris paraît quand même un peu raide; tout résiderait alors dans le choix de la rhétorique utilisée; le choix des mots donc.
Encore que ce fait ouvre une boîte de pandore qu'il serait bien difficile de fermer! il est aujourdhui monaie courante et ce de part le monde , de voir des artistes de renommée mondiale s'afficher et prendre parti publiquement pour des hommes politiques ou des partis.
Fait accepté ou toléré par la société; je ne saurais vraiment le dire !
Surtout que de nos jours la neutralité est d'un attrait bien difficile.On n'est soit de droite ou de gauche ; démocrate ou républicain ;du nord ou du Sud ; juif , chrétien ou musulman ; homosexuel ou hétérosexuel; pourfendeur ou défenseur de la mondialisation;pauvre ou riche ; ........
Il n'en demeure pas moins que ce pouvoir d'influer sur l'opinion peut se muer en monstre à deux têtes et desservir au final un art censé faire oeuvre utile.
Pour l'instant ; les rastas de la téranga sont toujours privés des messages du grand-frère ou du moins juste ceux en live car je n'ose imaginer que si l'auteur est interdit de séjour ;ses oeuvres ne le soient également !
Alors, comment dit -on déja rasta en wollof ?
Tiken Jah Fakoli Musique Côte D'ivoire Mali Senegal Exil Téranga Wollof Miriam Makéba; Fela Kuti.